Chansons de la part de Belzebuth

May 24th, 2006

Je vous disais l’année dernière à l’annonce du départ d’Inoran de FAKE? que j’étais maudit. Il faut croire que Ken m’a entendu depuis les enfers puisque le nouvel album du groupe s’appelle “Songs from Beelzebub”. D’accord Ken, je suis grillé, mais voyons voir ce que t’as dans le ventre!

Les guitaristes qui ont la lourde tâche de succéder à Inoran sont Pablo (un illustre inconnu) et un certain Éric Zay pour la scène. Ironiquement, Ken a aussi fait appel pour la scène à un autre membre de Luna Sea: Shinya. Ce qui tendrait à accréditer la version officielle du départ d’Inoran, qui disait vouloir quitter le groupe pour faire de la musique plus douce, mais qu’il restait en bons termes avec Ken. Effectivement le nouveau groupe d’Inoran, Tourbillon, n’est que la continuité de la pop molle de Ryûichi (ancien chanteur de Luna Sea qui nous faisait déjà la même en solo).

Ken continue donc FAKE? seul maître à bord. Et la première impression est qu’il ne s’en sort pas mal du tout, le bougre! Dès les premières notes de “$500″ ça rentre dans la gueule. Ça reste dans l’esprit de Fake?, les grattes sonnent à fond comme celles d’Inoran. Toujours des scratchs de DJ et du gros riff!
On passera rapidement sur les dispensables “Bus stop” (délire électro-fête foraine) et “Baby blue…” (une parodie d’Elvis à deux têtes?) pour se consacrer aux vrais bons morceaux de l’album: “Disco”, un morceau original mêlant électronique et grosses grattes! Avec une fin bien délire. Puis “Boom boom everyone”, un des meilleurs morceaux de l’album, dans la pure tradition Fake?, avec des effets sur les couplets qu’Inoran n’aurait pas renié, une coupure bien sentie, et un préref aérien à souhait! Le timbre de Ken est toujours là, aussi aérien dans les sons clairs qu’énervé dans les passages plus déjantés. Il a toujours été doué pour trouver des lignes de chant à la fois belles et originales. Il me rappelle même parfois certains morceaux d’Oblivion Dust où il savait aussi se lâcher. “Money money” ou l’art de balancer un refrain contrasté particulièrement lourd! “Devil got my soul”, couplets lents à l’ambiance lourde, puis le morceau va monter progressivement en intensité pour finir dans la folie totale (tous les potards à 11 et batterie énorme)! Un morceau de 7 minutes qui décolle comme j’aime. “Eject” couplets aériens avec violon et puissance sur les refrains, et enfin “The end” avec un petit clavecin décadent du meilleur effet. Le tout chanté en anglais (je vous rappelle que Ken est né à Londres).

Alors bien sûr, on n’en est pas encore au niveau des perles qu’ont été des morceaux comme “Pulse”, “Snow”, “New skin” ou “Pristine”… mais Ken a tenu sa promesse de rester rock sans vendre son âme au diable. Il a maintenu le cap de Fake?, et si on considère qu’il est pour la première fois de sa carrière seul aux commandes, c’est une réussite.

Nana 13

May 24th, 2006

“C’est parce que je suis fiancé à ma guitare depuis l’âge de douze ans.” (Nobu)
“Qui est donc cet homme sans gêne en train de dormir dans mon lit?” (Yuri)
“Je m’étais dit que je ne pourrais jamais vivre avec un tel homme.” (Hachi)
“À tous les coups, je vais me faire engueuler. Y a que ce mec là qui soit capable de ça.” (Takumi)
“Tu sais, si on me fait du rentre-dedans, je craque.” (Yasu)
“C’est toi qui m’as tuée, je te signale.” (Nana)
“Ne meurs pas sans moi!” (Ren)

Il était une fois au lycée

May 14th, 2006

L’art du Jeet-kune-do inventé par Bruce Lee a pendant longtemps été dénigré. Les maîtres en Arts Martiaux étaient convaincus qu’il avait été créé dans le seul but de remporter des victoires.

Attention! L’esprit du Jeet-kune-do n’est pas vraiment un film d’arts martiaux. Et bien qu’il démarre sur le célèbre “Fist of fury”, ce n’est pas un film chinois, mais coréen. C’est l’histoire d’un lycéen timide et maladroit qui nous raconte son parcours. Hyun-Soo se fait battre par son père (qui tient une salle de Tae-kwon-do, histoire de situer le problème). Il débarque dans un lycée à mauvaise réputation (si vous aimez G.T.O. ou Rokudenashi Blues vous allez être servis) dans lequel l’ambiance est plutôt autoritaire pour ne pas dire militariste. Les enseignants n’hésitent pas à être violents et humiliants (insultes, claques, élèves qui se font tondre, tailler les uniformes à coups de ciseaux, frapper avec une batte).

Ce qui me frappe en premier c’est l’omniprésence du rapport de force hiérarchique: un élève doit accepter une correction sans broncher. Et pour le jauger, un professeur lui demande ce que fait son père. La position sociale des parents joue un rôle dans la hiérarchie, il en va de même pour un simple regard entre élèves (”Baisse les yeux!”). Les profs se giflent même entre eux. Détail important, l’histoire se déroule en 1978, un an avant la chute du régime dictatorial (avec l’assasinat du général Park Chung-hee). Bien sûr, dans un tel système, il y a des victimes et des tyrans.

Ce qui me frappe ensuite, c’est que la violence est là même quand elle n’est pas là, dans la provocation verbale, dans le besoin de défier l’autre en permanence pour affirmer sa position. Avec quelque chose de différent du Japon, une certaine crudité dans la brutalité. La violence existe aussi entre élèves, bien que sévèrement réprimandée. Des bastons montrées de façon réaliste, parfois très chaotiques (pas vraiment le genre performance qui en met plein la vue à la Ong-Bak même si elles n’en sont pas moins sauvages). C’est une violence prête à exploser à chaque instant. Et ce ne sont pas que des paroles en l’air: un élève n’hésite pas à planter avec un stylo, un autre à jeter de l’acide, à tout moment une bagarre peut éclater pour un rien! Le film est parsemé de scènes de baston en classe, sur les toits, dans les couloirs du lycée, dans le bus…

Mais Hyun-Soo, bien qu’il ne soit pas mauvais en sport, évite soigneusement de se battre, et pourtant ce ne sont pas les occasions qui manquent… Il devient pote avec le voyou de sa classe, un bagarreur effronté qui a l’air de se foutre de tout: Woo-Sik (”Une vraie victoire se remporte sans avoir à utiliser la force”).

Cette violence crue contraste avec l’autre aspect du film qu’il ne faut pas négliger: son côté romantique. Je dis ça pour les filles, s’il y en a qui me lisent et qui ont tenu jusque là. De ce point de vue, le film fait vraiment le grand écart entre baston et comédie sentimentale. Ceci s’explique par le fait que le héros Hyun-Soo raconte au passé, avec le recul, ses années de lycée (”Tout le monde garde dans sa vie des souvenirs inoubliables.”)

Hyun-Soo rencontre une fille dans le bus qui lui plaît, il la voit tous les jours mais n’ose pas faire le premier pas. Il est du genre à ne pas danser (un choix musical à l’ancienne: “One way ticket” en discothèque). Son meilleur pote Woo-Sik qui est un fonceur ne se gêne pas pour draguer. Rivalité et souffrance. Le film comporte son lot de scènes du genre: confidences, scènes sous la pluie, coup du parapluie, balade sur l’eau, petit cours de guitare acoustique… L’histoire d’amour prend une grande place dans le film (même si, ironiquement, c’est une bagarre qui va pousser Hyun-Soo à adresser la parole à Eun-ju). Elle montre aussi comment une fille peut avoir du mal à faire le bon choix quand il s’agit de garçons.

C’est cette histoire d’amour qui va changer complètement Hyun-Soo. D’abord, avec des résultats scolaires en baisse. Et finalement, c’est ce qui le décidera à ne plus être passif face à la violence de son lycée. Un déclic qui le poussera à tenir tête pour la première fois à son père, à trouver sa voie, et l’emmènera jusqu’au combat final du film, particulièrement intense en émotions, avec une sentence qui exprime toute la frustration de la jeunesse envers un système autoritaire (”J’emmerde toutes les écoles de Corée!”).

Le Jeet Kune Do n’apprend pas à regarder en arrière. Mais à aller de l’avant, une fois qu’on a trouvé la voie.” (Jeet Kune Do, La voie martiale” de Bruce Lee)