Marilyn est une bulle

December 10th, 2006

Il n’aura fallu que six petits mois à Ken pour sortir le jumeau angélique du précédent album de Fake?, qui était je le rappelle son premier en solo. Nombreux semblent être ceux qui ont renié le groupe après le départ d’Inoran (manifestement perdu dans un tourbillon depuis), considérant que Fake? n’avait plus de légitimité et que Ken, en tant que chanteur, ferait mieux de continuer sa carrière sous un autre nom. C’est oublier que Ken est aussi un compositeur, et qu’il a continué l’aventure avec la bénédiction officielle d’Inoran… et l’aide d’invités prestigieux comme le guitariste et le bassiste de Buck-Tick ou encore Takumi Matsuda (bassiste de plein de gens dont, tiens donc, Sugizo!).
Je dois reconnaître pour ma part que je redoutais l’effet disneyisation musicale. Je faisais ce cauchemar où Ken avait mis tous ses morceaux sombres et lourds dans “Songs from Beelzebub” et laissait les grattes au placard pour sortir à la va-vite les morceaux guimauve restants dans “Marilyn is a bubble”.

Verdict: dyptique respecté, mais pas comme je m’y attendais. Certes l’album a sa part de gentilles balades (”Turtledove” un morceau acoustique, “Butterfly” un duo avec Anna Tsuchiya dont j’ai déjà parlé dans un sujet sur l’anime de Nana, qu’il a d’ailleurs sans doute rencontré par l’intermédiaire de Kaz).
Mais… c’est tout.

La petite Marilyn n’est qu’un ange en devenir: l’abum commence par “Pas un ange” et finit par “Plus proche d’un ange”. Entre les deux, Ken est sur le chemin de la rédemption (et il n’a pas laissé les grosses grattes au placard). Pour la première fois dans l’histoire du groupe, Ken se met à nu (au figuré mesdemoiselles).

Si l’album noir extériorisait la rage de Ken après le départ d’Inoran, l’album blanc est un voyage introspectif où l’artiste nous fait entrer dans l’intimité de sa bulle. Cet endroit personnel qu’il a décidé de préserver des agressions extérieures. Cette bulle où il fait le point avec ses multiples identités (“un petit homme me parlait en moi: je veux ton argent, tu dois me payer pour chanter”, pour ne pas dire sa schizophrénie: “À tous ceux en moi maintenant, tout le monde écoute? Il est temps de nous rassembler”).
Ken règle ses comptes aussi (“Si qui que ce soit essaye de me descendre je lui donnerai ce qu’il mérite, je le dégage et je claque la porte”), fait son autocritique (“J’avais l’habitude d’être une mauvaise chose”) et craint de retomber dans l’ombre (“Back underground”).
L’aspect autobiographique de l’album montre un artiste blessé qui a dû affronter de toutes parts les attaques de tous ceux qui le disaient fini après le départ d’Inoran, mais aussi un homme qui a su, face à l’adversité, puiser ses forces dans des valeurs positives.
L’amour d’une certaine Dorothy a certainement joué un grand rôle dans ce processus (il dit même: “L’amour est un remède”). On devine sa famille et ses proches entre les lignes.
Un des morceaux les plus touchants est “Afghan”, où il raconte qu’il a quitté quelqu’un qui le voulait près de lui pour aller dans ce seul endroit où il se sent bien, dans son monde (Tôkyô? Londres? Le monde de la musique? La fumette?).
“J’ai tant cherché dans le noir si longtemps et j’ai finalement trouvé un endroit où je ne suis pas seul”

Finalement c’est l’heure de la reconstruction, de la renaissance, et l’excellent “All my reasons” énumère toutes les raisons pour lesquelles il vit (“Je vis pour apprendre de mes erreurs, tenir les promesses que j’ai faites, pour trouver quelqu’un à aimer…”).
Et c’est de ça qu’il s’agit: revivre quand tout le monde ou presque vous a laissé pour mort. Revivre avec sérénité face à l’adversité. Revivre avec humilité et amour.

J’ai rarement vu un artiste revenir aussi vite, aussi fort, aussi bien. Ça y est, Ken est revenu des enfers.